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Maison Communautaire du coton de Charalá (Projet)

 

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Chers lecteur et lectrices de cette missive

Le texte qui parvient entre vos mains est une invitation à participer au projet de la « Casa Comunitaria del Algodón de Charalá » (Maison communautaire du coton de Charalá). Charalá, village dans lequel nous espérons pouvoir réaliser ce projet, est une commune rurale du département du Santander, située en moyenne altitude dans la Cordillère Orientale des Andes colombiennes, ce qui lui permet de jouir d’un climat considéré ici comme «tempéré» (climat idéal pour le café).

Il s’agit d’une initiative prise par un groupe d’une soixantaine d’artisanes et d’une dizaine d’agricultrices et agriculteurs qui œuvrent autour de la « Corporación de Recuperación Comunera del Lienzo » (Corporation « Comunera » de Récupération du Tissu de Coton »). Les quelques hommes participent à ce projet sont essentiellement des cultivateurs de coton. Il convient de souligner que cette source de travail, d’autonomie et de revenus est très importante spécialement pour les femmes dans une région rurale où règnent le chômage, un forte tradition patriarcale et une carence presque totale d’emplois féminins rémunérés. Les tissages de la Corporación ont acquis une bonne réputation en tant que production néoartisanale. Cette activité permet également la préservation d’une tradition culturelle qui était sur le point de disparaître, mais que le lien établi avec les toutes dernières fileuses et tisserandes a permis de sauver. Les travailleuses de la Corporación se sont par ailleurs intéressé à la recherche de techniques ancestrales de teinture végétale et ont manifesté un souci d’approvisionnement en coton produit de façon biologique. La production du coton s’effectue en partie à Charalá et en partie dans une commune voisine, Barichara, en raison d’une part du manque de terres parmi les paysans pauvres de la région (dominée par des haciendas sucrières et d’élevage) et aussi, il faut le reconnaître, du manque de soutien à l’activité des tisserandes de la part de la majeure partie des hommes.

Actuellement l’avenir de cette production reste fragile. La Corporación n’a pas de siège en propre et doit louer un local pour ses activités centrales et pour le stockage de ses produits. La collaboration de l’ONG allemande « Pan para el Mundo », qui a beaucoup contribué à consolider cette organisation, tire à sa fin, ce qui risque de mettre en péril l’avenir de cette activité.

C’est dans ce contexte que, en compagnie des femmes de la Corporación et d’une anthropologue qui suit son développement depuis 18 ans, a été élaboré le projet de création d’une Casa Comunitaria del Algodón à Charalá. Le texte original et une traduction de ce projet accompagnent cette lettre.

Nous avons longtemps espéré que la municipalité de Charalá contribuerait à sa réalisation en mettant un local à la disposition des femmes de la « Corporación ». C’était oublier d’une part le manque d’intérêt des hommes pour cette affaire de femmes, et d’autre part le manque d’intérêt des riches pour cette histoire de pauvres : la politique est monopolisée ici par ceux qui dominent la vie de la commune, à savoir les propriétaires fonciers.

Nous avions aussi compté sur les ONG qui travaillent en Colombie. Mais celles-ci sont généralement réticentes à investir dans « la pierre ». Par ailleurs, dans un pays en guerre, comme c’est malheureusement le cas de la Colombie, les ONG ont trop à faire avec les problèmes des populations déplacées pour s’occuper de ce genre de projet, qui par contre attire leur attention dans des pays en paix. Et pourtant, il s’agit bien là, dans la mesure où il offre des perspectives de travail et d’harmonie, du genre de projet qui s’attaque aux racines mêmes de la guerre. En outre à l’échelle mondiale, les problèmes de l’Afrique ou de l’Europe de l’Est ont eu dernièrement tendance à drainer les fonds des organismes de coopération, réduisant d’autant les fonds disponibles pour nos régions.

En tout cas, le fait est là : il n’a pas été possible jusqu’à présent d’obtenir le financement qui permettrait, une fois acquise l’existence d’un bâtiment, d’accéder à des formes locales et internationales d’aide pour le montage des autres aspects du projet de Casa Comunitaria del Algodón (car il doit être bien clair que le produit du travail des membres de la Corporación leur permet tout juste de mieux satisfaire leurs besoins élémentaires, mais en aucune façon d’épargner).

C’est pour toutes ces raisons que, en dernière instance, nous avons pensé à faire appel à vous, amis ou amis d’amis, qui vivez dans des pays dont le niveau de vie n’a rien de commun avec celui des habitants de cette région de Colombie.

Par l’intermédiaire de quelques personnes au Canada, en Grande Bretagne, en Belgique, en Allemagne, aux Etats Unis et en France, je vais tenter de réunir les 25.000 a 30.000 dollars étasuniens (telle est la monnaie qui sert ici à élaborer les projets de financement) qui ont été estimés nécessaires à la réalisation de la première phase de ce projet, a savoir l’acquisition d’un terrain, la construction d’une maison de quelques 150 mètres carrés et une dotation minimale en portes, fenêtres, finitions, salles d’eau, etc. Le projet ci-joint parle d’« achat » et d’« adéquation » d’une maison, mais les contacts pris indiquent que cette solution s’avérerait probablement plus coûteuse que l’achat d’un terrain avec construction d’un local, sans parler du fait que, en construisant, le bâtiment présenterait l’avantage de correspondre plus précisément aux besoins de la Corporación.

Il est fort possible que cette somme ne soit pas atteinte. Mais, avec l’aide d’un architecte qui sera mis au courant des risques d’un budget insuffisant, les plans auront été prévus de telle façon qu’une réalisation partielle du projet puisse être malgré tout fonctionnelle.

Si, par effet de votre solidarité, une somme supérieure était réunie, nous l’affecterions à d’autres aspects du projet d’ensemble, tel qu’il vous est remis en annexe.

Nous tiendrons bien évidemment les donateurs au courant des événements. D’abord des résultats de la collecte ; ensuite, de l’avancement de l’achat, construction et finition de la Casa Comunitaria del Algodón. Nous vous ferons parvenir des photographies et des scannages de documents. Pour cette raison, nous vous prions de bien vouloir accompagner votre don de votre courriel, où nous vous ferons parvenir l’adresse d’un site qui fera le suivi de ce projet.

Une liste des donateurs sera affichée dans la Casa Comunitaria del Algodón, sauf volonté contraire expresse de votre part.

Comme la liste des amis et connaissances n’est pas bien grande et que 25.000 à 30.000 dollars sont une somme considérable (du moins vue d’ici), nous souhaiterions que les donations soient assez conséquentes et à cette fin, nous voudrions inciter les donateurs à s’associer pour réunir des fonds, et peut-être même organiser une activité qui contribue à faire connaître un projet qui donne l’occasion de parler de la Colombie en d’autres termes que ceux du trafic de drogue et de la violence. Ici, il convient d’ajouter combien il est nous semble important d’offrir une occasion de montrer la Colombie sous un autre jour : celui d’un pays où des hommes et des femmes, loin du regard des médias, tentent de construire un avenir libéré du mal développement et affranchi des prétendues « aides » de certaines nations qui ne font en réalité qu’accentuer la violence et les problèmes dont souffre cette société.

Je ne saurais trop insister enfin sur l’importance de faire circuler ce texte auprès de vos connaissances, seul moyen sans doute d’arriver à réunir assez de donateurs.

Merci encore à mes amis et à tous ceux que je ne connais pas et qui, néanmoins, apporteront leur soutien à ce projet, et en espérant pouvoir les connaître un jour, peut-être ici, pourquoi pas au cours de votre visite à la « Maison Communautaire du Coton », à Charalá, ou « là-bas », dans le pays où vous avez le privilège de vivre en paix.

Fraternel salut,

Pierre Raymond

 

Je termine en vous donnant mes coordonnées :

Pierre Raymond, Carrera 3 No 12-68 (apt. 301), Bogotá, Colombie

Boîte Postale : AA 9.305, Bogotá

Tel/Fax (571) 561 91 59 Tel 282 20 48 Tel bureau 342 50 90

Travail : Universidad Javeriana,Facultad de Estudios Ambientales y Rurales, Bogotá

Tel : (571) 320 83 20 poste 4816

En France : 29 rue Berlioz, 92 330, Sceaux Tel/Fax : (331) 43 50 61 25

Courriel : praymond77@yahoo.mx

Site web : http://pwp.etb.net.co/pierreraymond

 

Mais qui est donc Pierre Raymond?

Pour ceux qui ne connaissent pas directement celui qui est à l’origine de cette initiative, Pierre Raymond est un chercheur qui travaille sur les problèmes ruraux, installé en Colombie depuis 1979. Il a réalisé dans ce pays, devenu avec le temps son pays d’adoption, diverses recherches essentiellement sur l’économie, la sociologie et l’histoire rurales. Il a également enseigné à l’université des thèmes socio-économiques à des étudiants en économie, en développement rural et en ingénierie forestière.

Le tout premier de ses travaux de recherche concernait la culture du coton et la production de textiles à domicile dans le département du Santander. Cette recherche embrassait l’histoire de cette production, les problèmes agronomiques, économiques et sociaux ainsi que les techniques d’égrainage, filature et tissage. Elle avait été rendue possible entre autres par la rencontre fortuite, au cours d’un travail de terrain sur un autre sujet (concernant les formes traditionnelles de culture et transformation de la canne à sucre) de trois vieilles dames qui avaient conservé les ancestrales techniques de travail.

Cette recherche fit l’objet de trois publications (deux éditions du texte « Vida y muerte del algodón y los textiles santandereanos », Universidad Javeriana, 1981, édition revue et corrigée, éditorial Ecoe, 1989; « Historia del algodón en Santander », Banco de la República, 1990). Par la suite, d’autres personnes se sont intéressées au même sujet, ce qui a donné lieu aux travaux de Beatriz Granados (« Visión Histórico-cultural del Trabajo Textil en Charalá », Colcultura, 1991 et  « Tejidos Charaleños », Colcultura, 1994) et de Beatriz Devia (« Colores de la Naturaleza para el Algodón », Fondo FEN, 1996).

Cette histoire attira l’attention d’une ONG belge, la Fondation Colombo-belge pour l’Enfance, laquelle fut ainsi à l’origine d’une première renaissance de la production artisanale des toiles de coton. Plus tard, le relais fut pris par une ONG allemande, connue en Colombie comme « Pan para el Mundo ». Cette organisation a accompagné pendant plusieurs années une amélioration de la production (qualité des produits, création de nouveaux articles) et le développement d’une organisation de fileuses et tisserandes ainsi que de cultivateurs de coton.

« Comunera » fait allusion d’une part à l’aspect collectif, communautaire du projet, et d’autre part à un fait historique local, mais de transcendance nationale, la révolte des « Comuneros », une rébellion anticolonialiste du XVIIème siècle, qui fut annonciatrice des indépendances. Le principal dirigeant de cette insurrection, José Antonio Galán, était d’ailleurs originaire de Charalá.

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