Présentation Le municipio de Charalá, situé dans le sud du département du Santander en Colombie, est une région rurale dans laquelle, à côté d’haciendas qui se consacrent à l’élevage extensif et à la culture de la canne à sucre destinée à la production de panela, subsiste une importante population de cultivateurs dont la subsistance dépend essentiellement des cultures vivrières qui s’associent à la canne à sucre. Cette population est parfois propriétaire de petites parcelles, mais la plupart du temps elle n’a accès à la terre que par le biais de contrats verbaux de métayage. Dans ces conditions, Charalá présente un fort taux de sous-emploi, lié au recul de l’agriculture dû à l’expansion de l’élevage extensif. En outre, il n’y a quasiment pas de travail rémunéré pour les femmes : la coupe de la canne et les travaux dans les moulins à sucre sont exclusivement réalisés par des hommes, ce qui conduit à considérer à tort que seuls les hommes sont agriculteurs, alors que bien des tâches sont réalisées par les femmes (semailles, buttage, désherbage, récolte des cultures vivrières, préparation des repas pour les travailleurs dans les champs et aux moulins). C’est dans ce contexte social et culturel fort patriarcal que des femmes de Charalá, organisées au sein de la « Corporación de Recuperación Comunera del Lienzo »(Corporation de Récupération Comunera du Tissu de Coton) ont développé un projet de production communautaire basé sur la récupération de la tradition du coton et des textiles, laquelle était en train de disparaître dans cette région. L’organisation développe l’ensemble du processus de production. Elle cultivebiologiquement des semences natives, égrène, file et tisse artisanalement la fibre, teint le fil au moyen de plantes et commercialise elle-même les produits ainsi obtenus. Actuellement, sont membres de l’organisation 14 agriculteurs et agricultrices qui sont en même temps des artisanes, cinquante femmes qui filent le coton à domicile, tandis que douze autres tissent dans deux ateliers collectifs ; pour l’un, il s’agit d’un local de propriété de la Corporación au lieu-dit « el Salitre » ; dans l’autre, les artisanes se réunissent dans une maison qu’elles louent au village. Ce sont les membres de l’organisation qui se chargent de son administration ainsi que de la commercialisation des produits. 30% des productrices de l’organisation sont des femmes chef de famille et 70% sont des paysannes ; bien qu’elles participent activement aux activités productives, leur travail n’est 0pas reconnu comme tel et elles ne reçoivent en échange aucune rémunération. Ainsi, la production de coton, de fil et de toiles est devenu une source fondamentale de revenu complémentaire dans les stratégies de survie de la population la moins favorisée de cette région. C’est dans ce contexte que naît l’actuel projet qui est destiné a renforcer le processus de récupération de l’identité culturelle et de création de revenus mis sur pied par la Corporation. Un élément fondamental de ce processus consiste en la création d’une « Maison Communautaire du Coton et des Textiles ». Ce lieu permettrait aux artisanes de disposer d’un endroit à elles pour se réunir, pour l’organisation des sessions de formation, pour administrer la Corporation ainsi que pour installer leurs métiers à tisser et leurs rouets ainsi que pour stocker et vendre leurs productions. Actuellement, comme nous l’avons vu, elles doivent payer un loyer pour l’un des deux ateliers, ce qui impose une forte dépense mensuelle qui affecte les revenus de la Corporation. La Maison Communautaire permettra de donner un plus grand retentissement à l’activité des travailleuses de la toile traditionnelle de coton, de diffuser leurs productions et de trouver de nouveaux marchés. En outre, elle sera un lieu de découverte et de récupération d’un élément de la culture, de l’histoire et de l’identité régionales. Sous cet aspect, la Maison Communautaire du Coton de Charalá sera une sorte d’écomusée dans lequel on ne se contentera pas de trouver des objets, des illustrations, des toiles. Il sera également possible d’y observer les processus de production. Le musée sera étroitement lié à son environnement humain et naturel au moyen d’un sentier de découverte qui permettra de connaître le milieu naturel, les activités socioéconomiques et les mesures de protection de l’environnement qui sont prises dans les champs. La Maison Communautaire du Coton de Charalá sera aussi un lieu d’enseignement et d’apprentissage dirigé vers les établissements scolaires et les universités régionales (situées dans les villes voisines de San Gil et El Socorro). L’intérêt des élèves etdes étudiants sera un moyen de plus pour motiver la population locale et l’amener à connaître cette initiative. Ce sera enfin une manière de projeter la communauté de Charalá vers un avenir meilleur où la solidarité et le rôle de la femme dans le développement soutenable seront mis en valeur. Une partie de l’activité éducative des tisserandes consistera à réaliser des visites aux institutions éducatives où elles développeront avec les enseignants des activités comme le dessin, la narration orale, la confection de vêtements, l’application de couleurs sur les toiles au moyen de diverses techniques (pochoir, rouleaux, etc.). Au cours des visites que les collèges pourront organiser à la Maison Communautaire du Coton de Charalá, il sera proposé de participer à des ateliers de filage, de tissage ainsi que d’utilisation des plantes dans la teinture et des couleurs dans la décoration des tissus. En Colombie, le problème du déplacement forcé de populations rurales dans les régions du pays où se présentent des affrontements armés a conduit les organisations humanitaires et les organisations non gouvernementales à centrer leur attention sur ce sujet. Cependant, des projets comme celui-ci contribuent à créer des conditions qui freinent l’expansion de la violence en permettant l’amélioration les conditions de vie au sein d’une population rurale négligée par les institutions depuis des générations.
Cette expérience de récupération culturelle et de production solidaire est née au début des années quatre-vingt, quand une équipe de l’Universidad Javerina de Bogotá a réalisé une étude sur l’histoire de la traditionnelle fabrication à domicile de toiles de coton dans la région du Santander. Cette recherche a permis de sauver ce savoir traditionnel et a donné de nouvelles pistes de travail au projet d’Education Rurale Appropriée que la Obra Colombo Belga para Infancia (ONG belge) développait dans le Hogar Juvenil Campesino (Foyer de jeunes paysans). Aux yeux des promoteurs de cette organisation, la récupération de cette tradition artisanale représentait à la fois une sourcede travail, d’identité culturelle et de développement alternatif. L’idée de reconstituer chaque phase du processus de production fut proposée par un groupe de familles de la vereda du Salitre. Avec l’appui du Centro de Estudios de Apoyo Popular (ONG colombienne qui appuie des initiatives productives et éducatives populaires) et un financement de l’agence de coopération Pan para el Mundo (Brot für die Welt), le groupe du Salitre a consulté les artisans traditionnels, a appris à utiliser les outils et a appris a réaliser chacune des phases de la production. En 1991, ce collectif domine toutes les phases de ce processus et se met à produire des toiles du terroir (lienzo de la tierra). Le désir d’élargir et de consolider la production a conduit le groupe du lienzo àétendre cette expérience au chef-lieu du municipio. Là, il a encouragé la constitution d’un nouveau collectif de tisserandes, a suscité de nouvelles vocations de fileuses parmi les femmes du village et a entrepris les démarches pour que l’organisation soit légalement reconnue. C’est ainsi qu’en novembre 1993, la Préfecture du Santander reconnaît le groupe sous le nom de « Corporación de Recuperación Comunera del Lienzo ». Depuis cette époque, la Corporation a obtenu et administré des projets qui lui ont permis de varier et d’améliorer la production, de développer une organisation interne, et de mieux faire connaître son expérience dans la région. L’organisation a élargi ses connaissances relatives à cette tradition artisanale, et a récupéré d’anciens modèles textiles et des techniques de teinture à partir de plantes. Elle s’est formée en agroécologie, a sauvé trois variétés locales de coton et développe depuis peu dans la région des expériences de protection de microbassins et d’éducation environnementale. Actuellement, dans les ateliers de Charalá, tant au village qu’en zone rurale, on produit de beaux tissus qui servent à confectionner des couvre-lit, des écharpes, des châles, des nappes, des ponchos, des chemises, etc. Ces produits ont remporté un succès mérité qui a été reconnu par Artesanías de Colombia, entité du Ministère du Développement qui a octroyé à la Corporation le prix de la Maîtrise Artisanale en 2002 et lui accorde chaque année une place à Expoartesanías, foire artisanale internationale réputée en Amérique Latine. Outre une bonne acceptation sur le marché national, les produits offerts ont suscité l’intérêt d’acheteurs étrangers. En août 2003, ces toiles furent choisies par des couturiers de la foire Colombia Moda pour la confection de vêtements et en 2004, pour le défilé de mode de Milan. Parfois, la demande pour les produits en toile de coton de Charalá est telle que les ateliers parviennent tout juste à y faire face. Ce processus s’est accompagné d’un aspect de récupération de l’identité culturelle, si important dans un monde où la globalisation conduit à une regrettable uniformité. Récemment, la Corporation a obtenu une Mention Spéciale du cinquième concours CAB Somos Patrimonio (nous sommes patrimoine) du Convenio Andrés Bello. Une première démarche visant à la mise en œuvre de ce projet a été de contacter la Directrice des activités culturelles de la succursale de Bucaramanga de la Banque de la République. Celle-ci a manifesté la volonté de faire don des éléments d’une exposition réalisée en 1990 par la Banque sur l’histoire du coton dans le Santander et qui pourraient servir au montage de la partie muséologique de la Maison Communautaire du Coton et des Textiles. La succursale de Cúcuta de cette même banque a de son côté manifesté sa disposition à donner des exemplaires du catalogue de cette exposition pour que la Maison Communautaire les vende et puisse avec ce revenu contribuer à établir un fonds de publications destiné aux activités culturelles de la Maison.
Renforcer le processus de récupération de l’identité culturelle et de création de revenus mis sur pied par les femmes de Charalá.
Description des activités qui permettront la réalisation de chacun des objectifs.
[Remarque : cette activité est celle à laquelle nous vous proposons de participer. Les premières approches semblent indiquer qu’il sera sans doute plus simple et moins coûteux d'acquérir un terrain et de construire plutôt que d’acheter une maison existante. Les deux options restent cependant ouvertes.]
5.3 Création des conditions permettant le développement de processus d’enseignement et d’apprentissage au niveau local 5.3.1 Formation des membres de la Corporation pour l’exercice d’activités pédagogiques dans les établissements d’enseignement 5.3.2 Transcodage des audiovisuels de la Corporation à VHS et / ou à DVD 5.3.3 Acquisition des soldes des invendus des éditions de Vida y Muerte del Algodón y los Tejidos Santandereanos, de Historia del Algodón en Santander et de Colores de la Naturaleza para el Algodón 5.3.4 Elaboration de matériaux pédagogiques de soutien aux activités pédagogiques 5.3.5 Formation des membres de la Corporación à l’exercice d’activités pédagogiques dans les établissements d’enseignement 5.4 Diffusion nationale et régionale de l’information relative à la Casa Comunitaria delAlgodón y los Tejidos 5.4.1 Elaboration d’unepage web relative aux produits de la Corporation qui inclue l’information concernant le musée et les points d’intérêt touristiques municipaux et régionaux 5.4.2 Elaboration, édition et impression de publications et prospectus d’information
5.4.3 Diffusion d’une information relative à la Casa Comunitaria del Algodón y los Tejidos auprès des organisations touristiques et des maisons d’édition de guides touristiques et culturels de Colombie 5.5 Création des conditions de viabilité économique du projet 5.5.1 Mise sur pied d’une boutique artisanale 5.5.2 Création d’un fonds de roulement destiné à l’entretien des installations 5.5.3 Création d’un fonds de roulement de publications 5.5.4 Analyse et définition concertée du montant des transferts de ressources produites par la production des tissus et des vêtements ainsi que des activités pédagogiques pour le soutien de la Casa Comunitaria 5.5.6 Négociation auprès des autorités municipales de formes de reconnaissance et d’appui économique Bibliographie relative aux tissus du Santander (titres directement liés au cas de Charalá et de la Corporación) Pierre Raymond y Beatriz Bayona, Vida y muerte del algodón y los tejidos santandereanos, deux éditions, (Universidad Javeriana) 1982 et (editorial Ecoe) 1987. Banco de la República: Historia del Algodón en Santander (Catalogue de la exposition de 1990) Beatriz Granados: Visión Histórico Cultural del Trabajo Textil en Charalá, Colcultura, 1991 Beatriz Granados: Tejidos Charaleños, Colcultura, 1994 Beatriz Devia: Colores de la Naturaleza para el Algodón, Fondo FEN, 1996.
Adresses de la Corporación et des assesseurs: Corporación de Recuperación Comunera del Lienzo Ester Monroy, Representante Legal Calle 22 Nº 17-04 Charalá, Santander, Colombia. Tel. (577) 725 87 53 y (577) 725 77 40
AssesseursPierre Raymond Tel/Fax (571) 561 91 59 Tel bureau (571) 342 50 90 Université Javeriana : 320 83 20 poste 4816 Boîte postale: AA 9305, Bogotá, Colombie. Courriel: praymond77@yahoo.com.mx Site web: http://pwp.etb.net.co/pierreraymond en France: 29 rue Berlioz, 92 330 Sceaux; Tel/Fax (331) 43 50 61 25
Beatriz Granados Avenida 13 Nº 144 – 42(A 101)Bogotá, Colombie TEL. (571) 614 52 06 Courriel: beatrizydiego69@hotmail.com
Beatriz Devia Doctora (química de los tintes naturales) Université de Bruxelles Correo electrónico: bdevia@excite.com (note destinée aux lecteurs francophones) Nous ne traduisons pas municipio, car les termes français qui sembleraient correspondre, à savoir, commune ou municipalité,ne reflètent en rien la réalité de cette division territoriale colombienne. Il suffit pour s’en rendre compte de savoir que sur un territoire double de celui de la France, il y a de l’ordre de 600 muncipios ruraux, alors qu’en France, il y aquelques 36.000 communes rurales… La panela est un sucre ni centrifugé ni raffiné produit selon des méthodes artisanales. Les cultures vivrières « associées » à la canne à sucre consistent en des semis de plantes alimentaires qui se trouvent au sein même des champs de canne à sucre. Les métayers qui cultivent la canne à sucre dans les haciendas ont comme motivation principale le droit qu’ils ont de cultiver dans les cannaies ce qui est la base de leur alimentation. (note destinée aux lecteurs francophones) « Comunera » fait allusion d’une part à l’aspect collectif, communautaire du projet, et d’autre part à un fait historique local, mais de transcendance nationale, la révolte des « Comuneros », une rébellion anticolonialiste du XVIIème siècle, qui fut annonciatrice des indépendances. Le principal dirigeant de cette insurrection, José Antonio Galán, était d’ailleurs originaire de Charalá. La vereda est en Colombie une subdivision du municipio. La vereda du Salitre a une histoire assez particulière, ayant été un foyer particulièrement actif d’une organisation paysanne, le Sindicato de Aparceros de Charalá (Syndicat de métayers) qui, en1984, a obtenu la répartition des terres de quatre haciendas à Charalá, dont celle du Salitre. De là l’existence d’un atelier dans cette vereda. Son exiguïté et son éloignement du village (par une mauvaise route en terre puis un sentier) ne permettent pas d’en faire le centre des activités de la Corporación, qui en outre ne compte qu’un petit nombre de membres au Saltire. Le Convenio Andrés Bello est une organisation intergouvernementale latino-américaine dont le but est de favoriser le développementculturel des états membres; il se consacre en priorité aux groupes humains victimes d’exclusion. La Banque de la République est l’institut d’émission de la Colombie. Elle déploie une intense activité culturelle qui compense en partie l’indigence du Ministère de la Culture. |
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